Venez, allez, n'hésitez pas ...

Laissez- moi vous prendre la main et vous emmener dans mon monde.
Pour quelques instants, quittez ce présent.
Je vous invite au rire, à l'évasion, à sauter à pieds joints dans mon imagination.
Alors, on y va?
Affichage des articles dont le libellé est instants glanés ça et là passés au shaker de mon imagination. Afficher tous les articles
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jeudi 24 septembre 2009

ECLATS D' AME

_ Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer.
Les mots étaient restés suspendus dans l’air, accrochés aux plafonniers blafards, collés aux murs. Le ton se voulait rassurant, mais la phrase était finalement tellement anodine. Elle vomissait ces syllabes gluantes de compassion, au moins dix fois par jour, dans cet interminable couloir aseptisé, à chaque fois qu’elle conduisait un patient au bloc. La petite silhouette blanche s’activait vigoureusement devant le brancard. Quelques mèches folles s’étaient échappées de la longue natte, et derrière les lunettes rondes en écaille, deux minuscules yeux bleus soulignés de cernes m’adressaient un regard frigide.


_Allez ! Faites pas cette tête-là ! Je vous retrouve tout à l’heure ! avait-elle asséné en poussant brutalement les deux derniers battants qui me séparaient du billard.

Et puis, tout était allé très vite. En quelques secondes, le puissant scialytique m’enveloppa d’un halo aveuglant. Des gens s’affairaient tout autour de moi, comme dans une ruche. Le masque à oxygène sur la figure… L’odeur de plastique désinfecté… Compter jusqu’à dix…
_1… 2…

Le trois ne sort pas, reste bloqué dans le fond de ma gorge. Je le pousse, mais il refuse de s’exprimer, de se révéler. Une chaude et douce torpeur m’envahit. Les visages flous tourbillonnent. J’aperçois, comme au travers d’une épaisse plaque de verre dépolie, des bavettes de chirurgiens vertes, blanches, ou bleues à grandes visières, qui ondulent dans une danse rituelle et me narguent. Soudain, le trou noir. Ils ont tous disparu. J’erre seul dans de longs couloirs sombres et sans fin. Quelques éclats de voix parviennent à mon oreille, mais ils me semblent si lointains. Un bip strident et cadencé m’accompagne. J’avance grisé, titubant, noyé dans cet imbroglio de passages, de portes jaunasses désespérément closes. Je me perds dans ce labyrinthe. Je panique, je courre, je m’enfuis, je vole. Le bip jusqu’ici si régulier s’affole. Devant moi, une baie vitrée, de la lumière bleue. Les voix se rapprochent. La fenêtre ne s’ouvre pas. Je suis prisonnier. Je m’enfonce sur la gauche dans un boyau noir mais une force me retient, m’empêche de poursuivre dans cette direction. Face à moi, un homme danse, grimé de dessins ocre et rouge, vêtu d’une jupe de paille, il porte le masque des ancêtres. Sculptés dans ce bois millénaire, des milliers d’yeux m’observent, pauvre âme perdue dans ce dédale. Le mage me fixe, m’attend quand un filet de lumière éclabousse mes pupilles. Soudain, au-dessus de mon corps inerte des regards ondoient, des visages verts, bleus et blancs déformés par la surprise et la peur m’examinent, puis s’égarent dans une farandole folle. Un feu aveuglant et vigoureux réchauffe mes membres et m’élève. Le sorcier me tend la main. Les êtres cachés sous les bavettes stériles s’étiolent et disparaissent. Je marche dans le faisceau lumineux, apaisé, d’un pas lent et décidé, vers un ailleurs incertain. Derrière moi, les marionnettes de ouate beuglent des sons que je ne perçois déjà plus.

lundi 11 mai 2009

Les cahiers d'auteurs de Clisson, du 14 au 16 mai 2009

Une fois n'est pas coutume, un petit clin d'oeil à une manifestation pleine d'avenir et bien sympathiqe qui se déroule dans la bonne vieille ville de CLISSON du 14 au 16 mai 2009:
les cahiers d'auteurs entièrement dédiés aux auteurs d'aujourd'hui et de demain.

Vous pouvez les retrouvez en cliquant sur l'adresse suivante:

http://www.theatredusphinx.com/

http://cahiersdauteurs.blogspot.com/

vendredi 13 mars 2009

Réminiscence, crépuscule


Sous le soleil doux et feutré de cette fin d’après midi d’été indien, alors que la brise fraîche du soir accompagnant la marée se lève, une silhouette gît encore sur le banc du sentier des douaniers. Tel un Ramsès contemplant sa cataracte, il gît là, sculptural. Les mains posées sur le pommeau sculpté de sa canne, calé sur l’inconfortable banc de bois, ses yeux vagabondent par delà l’océan moutonnant. Avec la rigueur d’un métronome, les vagues lèchent les avancées rocheuses agressives, le ressac murmure une douce mélodie à son oreille, si dure pourtant d’habitude. Les goélands interprètent leur ballet crépusculaire, les voiliers qui ornaient l’horizon de petites silhouettes lointaines se rapprochent tandis que les monstres marins aux ventres géants remplis de marchandises, croisent toujours au loin, dédaignant la côte.

L’esprit semble avoir déserté ce vieux corps décharné et squelettique perdu dans ce caban bleu, élimé et trop large. Sous la casquette, aussi vieille que l’homme, la peau parcheminée et cuivrée, burinée par les ans et le soleil, laisse deviner, à la manière qu’il a de fixer ainsi l’horizon, le destin du voyageur.

Fossilisé dans ce Finistère trop étroit et si peu exotique, il s’échappe, fuit, s’évade.

Il parcourt le monde, traverse les continents à grandes enjambées, parfois s’attarde sur des paysages, verts et mousseux, luxuriants, bariolés, éclaboussés de couleurs, dont il est seul à connaître l’existence.
Il retrouve cette vie grouillante, ces visages, qui ont accompagné son quotidien. Ces êtres qui à son insu, ont imprégné son corps et son esprit pour toujours. Le sourire candide de cet enfant et son regard si profond, la beauté de cette femme, aux traits si fins, altière, transportant à même le crâne, une montagne de bassines en plastique.
Comme un spectateur de son histoire, sous ses yeux défilent le film de sa vie, ses aventures et exploits, ses escapades, ses calvacades.

Las, il ne peut que se repaître de ses souvenirs, images furtives et insaisissables d’une vie accomplie. Dans la pénombre épaisse et envahissante, le soleil qui se couche sur son âme, encore ce soir, le fait mourir doucement.

mardi 3 mars 2009

Echange de livres de poches?



Le 25 janvier je vous ai annoncé ma participation à un échange de livres de poche.

Nous sommes le 03 mars et toujours rien, même dans le fond de ma boîte aux lettres.

Pourtant, il se trouve que la personne qui m'a envoyé le bon de participation à cet échange commençait fin février, à recevoir des ouvrages.

Alors soit je n'ai pas choisi les bonnes personnes, ou il faut attendre longtemps avant de recevoir un livre... ou les deux!

lundi 23 février 2009

Poussière de craie

Vite ! Je ne dois pas être en retard ou alors, elle va encore bouder. Déjà, la semaine dernière, ma réunion s’est terminée plus tard que prévu et elle n’était pas contente d’être restée à la garderie.Je ferme la porte de mon bureau et cours pour attraper l’ascenseur. Ça y est. Je descends au parking. Les clefs d'avance dans la main, je déverrouille ma voiture, m’installe au volant et je quitte le boulot.Vite ! Vite ! Vite !Et je dois encore m’arrêter à la boulangerie avant d’aller à l’école la récupérer, et l’accompagner à la gym. Pendant qu’elle s’agitera dans tous les sens, je pourrai rechercher les jumeaux qui passaient la journée chez la nourrice.Je jette distraitement un coup d’œil dans le rétroviseur. Il n’y a pas trop de monde sur la route, pas d’embouteillages, je devrais arriver à l’heure.Les pneus crissent. J’arrive à la hauteur de la boulangerie. Zut, il y a la queue ! Le contraire m’eût quand même étonné. Un regard sur la montre, encore quelques minutes. Que faire ? Vais-je réussir à me faire servir avant que la cloche sonne ? Je tente le tout pour le tout et me gare en double file. J’enclenche les feux de détresse, claque la porte de la voiture et me range derrière la dernière personne.À considérer la vingtaine d’individus qui espèrent leur baguette, on pourrait se croire en Russie en cette belle fin d’après-midi de février. Il fait froid. Très froid. Même emmitouflée dans mon manteau en Cachemire et mon étole en laine d’agneau, je gèle littéralement sur pied. Un petit vent glacial s’engouffre dans les rues et tourbillonne sur la microscopique place où nous attendons. Ça n’avance pas. Extraordinaire ces gens qui ne savent pas quel type de pain ils vont acheter le soir ! Comment perdre inutilement dix précieuses minutes ! Je m’impatiente. Le bout de mon escarpin bat le rythme. Derrière moi, la file s’allonge doucement. Les murs gris des bâtiments de cette place ont l’air encore plus sinistres que d’habitude. La terrasse famélique du café occupe un morceau de trottoir désespérément vide. La pizzeria est fermée. L’endroit est désert. À part, nous, bien sûr, les quelques volontaires courageux qui attendent leur baguette dans le froid de l’hiver.La personne devant, d’un calme Olympien, patiente. Homme femme ? Perdue dans cette veste en cuir retourné, impossible à savoir et aucun d’indice pour m’aiguiller. Enfin, j’avance de quelques précieux centimètres. Encore quelques pas et je poserai un pied dans la boulangerie.Je ne peux pas m’empêcher de me balancer d’une jambe sur l’autre. Quelle perte de temps ! Un soupir un peu trop sonore et je récolte le regard réprobateur de l’ovni devant moi. Et quoi? Pas le droit de s’impatienter ? Trois personnes quittent ensemble le magasin. Je pénètre enfin dans le Saint des Saints. [...]

mardi 17 février 2009

Note de lecture: La vie en sourdine



Dur, dur....

Ce livre était recommandé sur le blog de Wrath... J'avais trouvé le petit résumé qu'elle en avait fait sympa. J'ai acheté le bouquin.

Je l'ai commencé et comment dire... Je ne l'ai pas terminé.

Si j'essaye d'analyser les choses convenablement et objectivement, je dirai:

- l'histoire m'a ennuyé: le quotidien d'un prof sourd à la retraite qui va suivre la thèse d'une élève d'un de ses collègues encore en activité. Je ne suis pas allée plus loin.

- je n'ai pas aimé le style de l'auteur (oui, c'était mon premier David Lodge, et sûrement le dernier à moins que quelqu'un me conseille un de ses meilleurs bouquins): narration qui oscille entre la première personne et la troisième personne, un style auquel je n'accroche pas. C'est gênant.

Ce que je lis en ce moment ne m'enchante pas plus.

Je ne dois pas faire les bons choix!

samedi 31 janvier 2009

Note de lecture: Le parfum d'Adam



Non, non, je n'ai pas arrêté de lire..... Je manque juste un peu de temps pour mes notes de lectures....

Dans mon dernier avis littéraire, je vous avais fait part d'un livre que je venais de commencer et qui était une petite merveille.

Eh bien, c'est lui!

Entendons-nous bien:

La trame m'a moyennement intéressé bien qu'ayant ces derniers temps, une légère tendance temps à verser dans l'écologie molle (mon concept qui consiste à adapter sa vie sans pouvoir ou vouloir faire plus).

L'histoire: une enquête visant à retrouver les auteurs du cambriolage d'un laboratoire, le tout sur fond d'activisme de groupes écolos et de terrorisme écologique menaçant. C'est distrayant et le livre permet une plongée dans un monde inconnu, en tout cas pour moi. Donc, oui, même si je n'ai pas été tenue en haleine, et que je juge que le livre n'est pas passionnant, j'ai appris des choses. L'Abyssin, à mon sens, était beaucoup mieux.

EN REVANCHE: mention spéciale pour le style de l'auteur qui m'enchante encore et toujours. La beauté de la description qui suit vaut pour moi tous les commentaires:

"Dans le soleil du matin, toutes les villas éclataient de blancheur, jetées comme des dés d'ivoire sur le tapis vert cru des pelouses et des golfs"

CQFD!

Bonne lecture!

lundi 19 janvier 2009

De retour

Après une bonne semaine d'air frais (-12°C à 2000 mètres d'altitude à 9h30 le matin!),

Après une semaine de pistes dans les jambes,

Ce blog reprend vie!

vendredi 9 janvier 2009

Vacances....


Une grosse bouffée d'air frais!
Petite trêve hivernale d'une semaine pour ce blog.
A très bientôt j'espère!

dimanche 14 décembre 2008

Parce que Noël c'est avant tout pour les enfants


J'aime, à l'approche des fêtes de fin d'année, lire ce livre à mes enfants qui l'aiment tout autant:

La Robe de Noël, de Satomi Ichikawa, à l'Ecole des Loisirs
C'est une jolie histoire de sapins qui rêvent d'être décorés pour Noël.
C'est frais, pas gnan gnan et tout mignon!
A consommer avec les enfants et sans modération!

mercredi 10 décembre 2008

Poussière de craie, 2

Vite ! Je ne dois pas être en retard ou alors, elle va encore bouder. Déjà, la semaine dernière, ma réunion s’est terminée plus tard que prévu et elle n’était pas contente d’être restée à la garderie.Je ferme la porte de mon bureau et cours pour attraper l’ascenseur.

Ça y est. Je descends au parking. Les clefs d'avance dans la main, je déverrouille ma voiture, m’installe au volant et je quitte le boulot.Vite ! Vite ! Vite !Et je dois encore m’arrêter à la boulangerie avant d’aller à l’école la récupérer, et l’accompagner à la gym. Pendant qu’elle s’agitera dans tous les sens, je pourrai rechercher les jumeaux qui passaient la journée chez la nourrice.
Je jette distraitement un coup d’œil dans le rétroviseur. Il n’y a pas trop de monde sur la route, pas d’embouteillages, je devrais arriver à l’heure.Les pneus crissent. J’arrive à la hauteur de la boulangerie. Zut, il y a la queue ! Le contraire m’eût quand même étonné. Un regard sur la montre, encore quelques minutes.
Que faire ? Vais-je réussir à me faire servir avant que la cloche sonne ? Je tente le tout pour le tout et me gare en double file. J’enclenche les feux de détresse, claque la porte de la voiture et me range derrière la dernière personne.

À considérer la vingtaine d’individus qui espèrent leur baguette, on pourrait se croire en Russie en cette belle fin d’après-midi de février. Il fait froid. Très froid. Même emmitouflée dans mon manteau en Cachemire et mon étole en laine d’agneau, je gèle littéralement sur pied. Un petit vent glacial s’engouffre dans les rues et tourbillonne sur la microscopique place où nous attendons.


Ça n’avance pas. Extraordinaire ces gens qui ne savent pas quel type de pain ils vont acheter le soir ! Comment perdre inutilement dix précieuses minutes ! Je m’impatiente. Le bout de mon escarpin bat le rythme. Derrière moi, la file s’allonge doucement. Les murs gris des bâtiments de cette place ont l’air encore plus sinistres que d’habitude. La terrasse famélique du café occupe un morceau de trottoir désespérément vide. La pizzeria est fermée. L’endroit est désert. À part, nous, bien sûr, les quelques volontaires courageux qui attendent leur baguette dans le froid de l’hiver.

La personne devant, d’un calme Olympien, patiente. Homme femme ? Perdue dans cette veste en cuir retourné, impossible à savoir et aucun d’indice pour m’aiguiller. Enfin, j’avance de quelques précieux centimètres. Encore quelques pas et je poserai un pied dans la boulangerie.
Je ne peux pas m’empêcher de me balancer d’une jambe sur l’autre. Quelle perte de temps ! Un soupir un peu trop sonore et je récolte le regard réprobateur de l’ovni devant moi. Et quoi? Pas le droit de s’impatienter ? Trois personnes quittent ensemble le magasin. Je pénètre enfin dans le Saint des Saints.

mardi 2 décembre 2008

Poussière de craie, 1

Contrairement à Réminiscence qui sont des instants sur le vif, de courts voyages, Poussière de craie est une nouvelle, plus courte que Derrière l'écran.

L'écriture de nouvelles n'est pas mon style de prédilection, mais c'est un exercice agréable.
Et puis, pour le moment je n'écrirais plus de nouvelles, je voudrais me consacrer au roman qui attend. J'ai bon espoir de l'achever, j'ai passé la bonne première partie, reste à terminer et .... à corriger!

Alors, bonne lecture!


Vite ! Je ne dois pas être en retard ou alors, elle va encore bouder. Déjà, la semaine dernière, ma réunion s’est terminée plus tard que prévu et elle n’était pas contente d’être restée à la garderie.
Je ferme la porte de mon bureau et cours pour attraper l’ascenseur. Ça y est. Je descends au parking. Les clefs d'avance dans la main, je déverrouille ma voiture, m’installe au volant et je quitte le boulot.
Vite ! Vite ! Vite !
Et je dois encore m’arrêter à la boulangerie avant d’aller à l’école la récupérer, et l’accompagner à la gym. Pendant qu’elle s’agitera dans tous les sens, je pourrai rechercher les jumeaux qui passaient la journée chez la nourrice.
Je jette distraitement un coup d’œil dans le rétroviseur. Il n’y a pas trop de monde sur la route, pas d’embouteillages, je devrais arriver à l’heure.

Les pneus crissent. J’arrive à la hauteur de la boulangerie. Zut, il y a la queue ! Le contraire m’eût quand même étonné. Un regard sur la montre, encore quelques minutes. Que faire ? Vais-je réussir à me faire servir avant que la cloche sonne ? Je tente le tout pour le tout et me gare en double file. J’enclenche les feux de détresse, claque la porte de la voiture et me range derrière la dernière personne.

À considérer la vingtaine d’individus qui espèrent leur baguette, on pourrait se croire en Russie en cette belle fin d’après-midi de février. Il fait froid. Très froid. Même emmitouflée dans mon manteau en Cachemire et mon étole en laine d’agneau, je gèle littéralement sur pied. Un petit vent glacial s’engouffre dans les rues et tourbillonne sur la microscopique place où nous attendons.

jeudi 27 novembre 2008

Réminiscence, 1


Derrière la fenêtre, je contemplais le cortège tumultueux de majestueux cumulus gris, défilant dans un ciel noir, à un rythme soutenu.
Soudain, ce camaïeu de gris, ces nuances noires, ces rondeurs pommelées, et ce paysage qui m’apparaît si clair, les contours de la maison d’en face si nets, l’horizon est comme lavé.

Alors mon esprit s’égare, vagabonde, franchit l’Équateur, et je me retrouve derrière la fenêtre de ma chambre, en pleine saison des pluies. L’eau n’en finit pas de tomber. Les gouttes énormes brutalisent le carreau. Par-dessus, comme un deuxième front, la moustiquaire tremble. Il pleut. L’atmosphère est si moite. La chaleur colle à la peau.
Quand est-ce que cette averse va donc cesser ?

Alanguie sur mon lit, j’attends un moment de répit pour pouvoir sortir. Dehors le ballet des voitures, des pick-up vomissant hommes, cabris, poules, demeure immuable.

Soudain, le silence.

La pluie s’est arrêtée. Je rejoins le balcon. L’air semble presque frais. En face de moi, les arbres, les immeubles, les maisons, les routes, tout est propre. La ville a été douchée, baignée.
La latérite a perdu de son éclat, mais la poussière ne chatouille plus les narines. Le vert des palmiers et des cannes à sucre éblouit, si puissant qu’il en est insultant, les bougainvillées et les flamboyants n’ont qu’à bien se tenir.

Sur la Costa del Sol, la mer boueuse menace et les vagues pendant un temps lèchent les bords sablonneux de la chaussée.
Le trafic s’intensifie. C’est ainsi. Quand la pluie cesse, il faut sortir. Maintenant ou jamais. Je passe devant les portes, closes en ce début d’après-midi, de la boîte de nuit à la mode, ou peut-être nous nous retrouverons ce soir.

Et puis, le brouillard. La pluie, la boîte, les restos, les gens, tout s’évapore en un claquement de doigts.
Il ne reste rien de tout ça. Le souvenir d’une liberté intense. Des flashs, des odeurs, des émotions. Et le cœur douloureux qui se gonfle lorsque sur les ondes radios résonne quelquefois le saxo pleurant les notes un zouk love égaré dans nos froides contrées.




vendredi 21 novembre 2008

Millénium


Mais que lisait-elle donc depuis cet été?
Rien?

Ben si! Une journée sans lire n'est pas une vraie journée. C'est un des moments de la vie quotidienne que j'adore: le soir, j'attrape mon livre en me glissant sous la couette, je me cale confortablement, et c'est le début d'un long voyage.

Qu'importe.
Le fait est que j'ai ouvert le premier tome de Millénium, de Stieg Larsson chez Actes Sud, à la fin de l'été et que j'en suis venue à bout fin octobre.

D'ordinaire, je n'aime pas les polars ou les thrillers. Là, j'avoue que je me suis laissée prendre par l'histoire.
Il y a du suspens, de l'action. L'écriture et le style sont modernes. C'est sûr, de temps à autre, on a un peu l'impression de feuilleter le catalogue Ikéa tant les noms des villes et de certains personnages sont imprononçables, mais au final, ça donne plutôt une touche d'exotisme à la trilogie.

Le tome 1 est dynamique: si le décor est un peu long à mettre en place, quand l'action débute, ça dépote de suite!
Je me suis carrément ennuyée dans le tome 2 sauf sur les 100 dernières pages.
Le tome 3 m'a aussi tenue en haleine durant de longues heures.

C'est donc un bilan plutôt positif que je fais de ce roman noir.
Je m'y suis plongée par curiosité pour me faire une idée de ce livre qui caracolait en tête des hit- parades des ventes et pour comprendre pourquoi Mr délits d'écritures ne tarissait pas d'éloges à son propos.
Elogieux, je n'irai pas jusque là, mais j'ai passé un vrai bon moment.

Quant à mon livre de chevet du moment, ce n'est pas tant l'histoire qui m'emballe que le style de l'auteur et son écriture. Un régal!

mardi 18 novembre 2008

Escapades et réflexions

C'est vrai, je l'avoue, j'ai (un peu) délaissé cette page depuis, allez, quoi, une petite dizaine de jours.
Bientôt quinze...

D'abord, il y a eu les vacances de la Toussaint et la maison s'est transformée en
village des Schtroumpfs.

Et puis,

L'escapade parisienne, histoire de voir la famille, de redécouvrir la beauté de la vallée de Chevreuse et de ses paysages aux couleurs automnales si éblouissantes, de profiter de tout ce que notre charmante ville n'offre pas comme l'expo
de Picasso et les maîtres
(Picasso n'est certes pas ma tasse de thé. J'ai un peu de mal avec sa manière de tout destructurer, mais rien que par l'importance des oeuvres qu'elle rassemble, l'expo vaut un détour. Un vrai régal!).

Les goûters de macarons chez
Ladurée
. Le petit au caramel au beurre salé est à se damner!

La matinée à la
citée de la science pour les Sctroumpfs,

Le week-end en Touraine pour boire du Chinon, refaire le plein des savons de Sandrine chez Cosmétane (
http://www.cosmetane.com/),

La pause après la fin de Derrière l'écran. Il a fallu se séparer de Magali. Lentement. C'est qu'il me plaisait à moi, de la retrouver, un après-midi par semaine, autour d'un thé et de mon clavier.

Et il y a eu aussi une nouvelle, pour un concours, à fignoler et envoyer, des projets comme réfléchir à la structure d'un autre texte retoqué lors d'un autre concours et que je vais certainement mettre en ligne sous peu, des informations à rechercher pour un essai en cours de (ré)écriture...

Et l'envie de reprendre mon roman laissé un peu de côté ces derniers qui me chatouille.

Je n'aime pas courrir trop de lièvres à la fois. Chaque chose en son temps.

Encore quelques jours de patience, et les pages seront noircies!

vendredi 31 octobre 2008

Derrière l'écran

Le train venait d’entrer en gare. Ce n’était pas la première fois que Magali séjournait à Paris, mais à chaque fois, débarquer sur ces quais gris loin de ses Pyrénées lui pinçait le cœur.Un sac gris sur le dos et une valise en toile marron au bout du bras, elle passe la main dans sa poche et serre son petit trousseau de clefs. Cela la rassurait. Elle avait au moins un endroit où se cacher de ce monde hostile et grouillant.Elle n’avait jamais aimé la foule. Elle préférait ses montagnes et la nature aux hommes. Quand elle donnait un coup de main à la ferme voisine, elle s’enfermait dans l’étable avec les bêtes.Dorénavant, plus rien n’était pareil. Sa mère l’avait forcée à quitter la maison pour qu’elle trouve du travail et se fasse une situation, comme on disait chez elle. Et puis, il fallait aussi qu’elle se trouve un mari. Sa mère avait pour elle d’autres ambitions que de la voir faire sa vie avec un éleveur du coin. Elle aurait voulu la voir mariée avec un homme de la ville, un employé, quelqu’un qui ne passe pas sa vie, à dépendre du calendrier agricole.Elle s’engouffra dans le métro la peur au ventre. Elle avait tellement entendu de choses sordides sur ce coupe-gorge de la capitale. Elle descendait les marches en baissant la tête et en longeant les murs.Arrivée à Dugommier, elle marche vers le petit réduit qui lui sert d’appartement. Les murs de l’immeuble étaient sales et décrépits. Elle gravit lentement chaque palier. A chaque marche, sa gorge se serrait un peu plus. De grosses larmes lentement embuaient ses yeux. Sa main blanche et fine se serra machinalement sur la poignée de sa valise. Devant sa porte, au quatrième étage, elle ne put réprimer un énorme sanglot. Elle se retourna. L’escalier était sale et poussiéreux. Elle entra et referma la porte. D’un coup d’œil circulaire elle reprit connaissance de la pièce. LA PIECE. Celle où désormais elle allait vivre. SON chez elle.Elle était venue quinze jours plutôt après avoir répondu à une annonce. Elle n’avait pas vraiment le choix. Ses parents possédaient peu de moyens et si d’aventure elle voulait changer d’appartement, elle devait d’abord gagner sa vie.Un ami de son père chez qui elle devait travailler avait installé une vieille table en formica bleu bancale, tout comme la chaise qui l’accompagnait. Au fond, un petit lit et une couverture. Heureusement, elle avait pensé à prendre des draps. Une plaque électrique et un minuscule frigidaire de part et d’autre de l’évier formaient le coin cuisine. Mais ce n’était pas le plus sordide. Ce soir, elle allait devoir affronter un moment qu’elle redoutait, elle allait devoir prendre sa douche. Même en signant la location, elle n’arrivait pas à se résoudre à avoir une salle de bain comme ça. Elle aurait mille fois préféré se laver à l’eau froide avec un seau. Mais chez elle, les toilettes étaient « à la turque » et pour prendre sa douche, il suffisait de placer une sorte de caillebotis sale et abîmé sur les toilettes…Elle se laissa tomber sur son unique chaise. La valise gisait à ses pieds. Le sac à dos encore accroché aux épaules elle s’avachit sur la table, la tête dans les bras sans chercher à retenir ses larmes. Elle ne savait pas combien de temps elle allait passer ici, ni même ce qu’allait être sa vie. Sa mère lui avait interdit de rentrer dans l’immédiat. Lundi matin, l’ami de son père l’attendait dans son atelier.Au pied de sa valise, une grosse blatte curieuse sondait de ses antennes le rebord d’une chaussure. [...]

jeudi 23 octobre 2008

Derrière l'écran, 10


Une douleur piquante dans sa hanche droite l’obligea à ouvrir les yeux. Elle déplia doucement ce corps osseux et endolori de la longue nuit passée sur le parquet froid. Ses yeux gonflés et rougis la faisaient souffrir, tout autant que les battements sourds qui se répercutaient comme un écho dans sa tête. Elle rampa jusqu’à sa paillasse et s’y étendit comme elle put. Elle observait son réveil comme un objet étranger. Il était presque midi. Elle tenta d’abord de se lever, prise de panique. Qu’allait-elle dire à son patron ? Et puis, zut ! Elle se laissa lourdement glisser sur le lit, se roula en boule et attendit.

Les yeux hagards, elle fixait le vide. De temps en temps, elle levait son regard fragile vers la petite fenêtre. Elle s’amusait à deviner le temps qu’il pouvait bien faire dehors. Tout mouvement lui semblait impossible. Ses membres engourdis refusaient de bouger et elle ne se sentait ni la force ni l’envie de les remuer. Alors, elle était restée là. Plusieurs heures s’étaient écoulées, puis plusieurs jours et plusieurs nuits. Toute trace de vie semblait la quitter. Elle n’avait plus faim, plus soif. Le feu de la vie s’éteignait inexorablement. Cette petite mort qui la rongeait prenait le dessus. Toutes ces années, elle était restée tapie là, imperceptiblement, et aujourd’hui, elle emmenait Magali.
Qui donc se soucierait d’elle ?

Trois jours plus tard, le patron de la cordonnerie qui s’était fait remettre par précaution, un double des clefs de la « fille Drectaut », « au cas où », pénétra dans le studio. Il était loin d’imaginer ce qu’il allait trouver. Il remarqua immédiatement le corps inerte de Magali. C’était un corps décharné, à peine caché par les tissus souillés qui le recouvraient. Il lui parlait, mais elle ne réagissait pas.
Paniqué il se jeta sur elle, et la secoua, mais elle ne semblait même pas le voir. Ses yeux, grands ouverts, fixaient un point sur le mur sale de sa chambre. Un semblant de sourire donnait à son visage l’impression qu’elle était ailleurs.
Il eut un mouvement de recul quand les odeurs corporelles de Magali se répandirent dans la pièce. Elle n’avait pas bougé depuis trois jours. De loin, il la contemplait. Il l’avait toujours trouvé jolie, mais savait qu’il ne pouvait rien faire d’elle. La seule fois où il avait osé s’approcher d’elle, elle avait fui et lui était trop ivre pour réagir. Mais là, elle était à sa merci.
Peut-être, ignorait-elle jusqu’à sa présence ?
Il s’approcha doucement. Elle ne bougeait toujours pas.
Alors, il s’assit sur le bord du lit avec mille précautions. D'abord, il caressa ses cheveux, puis son visage. Comme elle ne réagissait toujours pas, il déboutonna délicatement la veste du pyjama, et lui caressa la poitrine pendant de longues minutes.
Il brûlait d’envie de la dénuder complètement.
Il glissa une main dans le pantalon de son pyjama. La peau de Magali était douce, mais elle était froide, complètement glacée et comme elle était toujours complètement inerte, il prit peur. Il la rhabilla, remonta la glissière de son pantalon, quitta rapidement l’appartement et regagna la cordonnerie. De là, il aviserait. Il ne pouvait rien décider, comme ça, dans cet état d’esprit.

Il ferma son atelier un peu plus tôt que d’accoutumé et se risqua chez le vendeur informatique dans la boutique d’à côté. Il n’avait jamais rien dit, mais il avait bien remarqué le petit manège de son employée avec le beau mâle. Il savait que Magali l’aimait bien et comptait sur lui pour l’aider à sortir la fille de ce pétrin. Alors, il lui raconta son absence, la visite effectuée le matin même, en omettant bien sûr les attouchements qu’il avait pratiqués. À eux deux, ils pourraient la laver, lui donner à manger, s’occuper un peu d’elle et de son studio. À peine le vieux avait-il achevé son histoire, que le jeune homme fermait boutique et marchait d’un pas pressé aux côtés du vieux bonhomme, vers Dugommier, pour aider Magali. Le vieux haletait, mais il suivait le jeune sans rien dire. Arrivé devant la porte, il lui tendit la clef. Ils entrèrent tous deux dans la petite chambre. Une odeur nauséabonde les saisit à la gorge et à part une paillasse souillée et un ordinateur allumé, la chambre était vide.

De surprises en surprises

Mercredi.
Déclarée officiellement "journée des Schtroumpfs", depuis bientôt 5 ans, c'est un jour où je ne dois rien programmer pour moi, où je dois abandonner toute idée de travail au profit de livres pour enfants, contes, coloriages, heures de square et de gamelles de toboggan...

J'arrive pourtant à voler quelques instants, en début d'après midi, pendant le sacro-saint temps de la sieste.

Je m'installe donc au bureau, café à proximité, et j'entame la lecture de mes blogs fétiches.
Et ça commence bien!

Wrath rapporte qu' Anne- Sophie Demonchy, de La lettrine, était déçue de la réaction de la Société des Gens de Lettres, s'étant rendue compte que le milieu littéraire, officiel et reconnu, affichait un certain mépris (ou un mépris certain?) pour les internautes scribouillards, qui comme moi, possèdent un blog, sur lequel ils publient leurs ratures.

Bon, d'accord, jusque là, pas grand chose de neuf. On sait bien que la probabilité d'être publié en envoyant son manuscrit sans recommandation à un éditeur est très faible, et que des livres sont écrits et publiés parce que des éditeurs en passent commande aux auteurs, ceux qui sont connus et reconnus... Quitte d'ailleurs à ce que ceux-ci soient en panne totale d'inspiration. Mais de le relire, encore une fois, fini par être décourageant.

La cerise sur le gâteau est arrivée plus tard dans la soirée. Je ne me lasse pas de regarder les infos, sur différentes chaînes. Les JT regorgent d'infos truculentes, et le plus amusant est d'observer la manière dont les sujets sont traités selon les différentes chaînes.
On peut y apprendre que Soeur Emmanuelle (1) va publier des mémoires posthume, et y entendre que l'associé de Mesrine, Michel Ardouin (2), publie aussi ses mémoires, profitant au passage de la sortie du diptyque de J. F. Richet.

Les bras m'en tombent.
Voilà en quelques jours les ouvrages dont les médias font la pub pour le grand public, le (futur) livre d'un détenu, les mémoires l'associé d'un ancien ennemi public n°1 et le "testament spirituel" de soeur Emmanuelle. Ne vous y trompez pas, les informations sont certes tombées à peu près au même moment, mais j'ai un profond respect pour l'oeuvre de cette grande dame, respect dont je ne gratifie pas les deux précédents.

Les éditeurs s'adaptent-ils aux goût du grand public?
A moins que ce ne soit les éditeurs qui formatent le lecteur pour un certain type de littérature?


Alors, petits et grands auteurs de l'ombre, abandonnez vos rêves!
Vous qui n'avez pas fait de prison, n'avez pas braqué de banques ou tué , vous qui n'avez pas été ennemi public n°1, n'avez pas dédié votre vie à une juste cause,
mais vous, qui menez une petite vie anonyme, tranquille, ayant récolté au pire un PV pour excès de vitesse, distribuant votre obole au SDF assis à la porte du supermarché, vous voulez être publié?

Pure Vanité!
Redescendez sur terre car les belles histoires qui parlent d'hommes, de femmes, de sentiments, de vie, de petits bonheurs et de malheurs n'intéressent vraisemblablement plus personne...

(1) Mille et un bonheurs, méditations de soeur Emmanuelle, éditions carnets du Nord, 2008.
(2) Michel Ardouin, Mesrine, mon associé, éditions du Toucan, 2008.

mardi 30 septembre 2008

Derrière l'écran, 8


Elle avait d’abord observé, lu, toutes les discussions, les interventions. Elle avait suivi les liens indiqués dans les posts. Et puis, un jour, elle était intervenue.
Elle surfait depuis plus de deux heures sur jeunetcelibataire.com et suivait avec avidité la discussion lancée par Schtroumpfette.
Sctroumpfette, comme elle, n’avait pas ou très peu d’amis, et encore moins de petit ami. Elle avait été amoureuse une fois, alors qu’elle était adolescente et avait beaucoup souffert de cette relation platonique. Le garçon lui disait qu’il l’aimait mais refusait de le dire à leurs amis communs et de s’afficher au lycée avec elle. Ils se voyaient en cachette. Mais pour peu qu’ils soient invités à la même soirée, Dom Juan ignorait royalement sa belle et celle-ci pleurait toutes les larmes de son frêle corps d’adolescente pendant des jours et des nuits entières.
Cette histoire dans laquelle elle s’était investie l’avait cassée en mille petits morceaux qu’elle avait beaucoup de mal à recoller.
Aujourd’hui trentenaire, Sctroumpfette ne savait que faire avec les garçons et préférait souffrir en célibataire plutôt que d’être en couple et ignorée. Nymphette et Poupoule, visiblement ses acolytes, suivaient aussi la discussion et ne tarissaient pas de conseils destinés à lui faciliter la vie amoureuse.

Magali ne s’était jamais sentie aussi proche de quelqu’un. A ceci près qu’elle n’avait jamais connu cet amour fou que décrivait Sctroumpfette, mais elle se retrouvait en tout point dans cette peur du sexe opposé. Elle aussi, aurait bien aimé aller boire un verre, se faire un ciné et pourquoi pas un resto avec le beau brun ténébreux de la boutique informatique.
Elle s’immisça dans la discussion, et au fil des soirées, Sctroumpfette, Poupoule, Nymphette étaient devenues les amies de RosedeNoël - le pseudo de Magali –. Elles échangeaient avec force de détails leurs journées et se racontaient leurs vies amoureuse, rêvée ou réelle. Une fois, Poupoule avait écrit qu’elle aussi vivait à Paris, et Magali lui avait proposé de se voir, puisqu’elles ne s’étaient jamais rencontrées et pourtant, elles semblaient si proches ! Mais Poupoule avait toujours trouvé un prétexte pour annuler le rendez-vous, et décliner l’invitation.
Magali ne lui en voulait pas.
Elle vivait de ses petites discussions et de ses espoirs amoureux avec son Dieu de l’ordinateur. Le sourire poli qu’il lui faisait quand il la croisait au hasard de la journée suffisait à embellir son quotidien et à la combler de bonheur.
Entre son emploi à la cordonnerie de la rue de Wattignies, son patron qui buvait tous les jours un peu plus, et les discussions sur les forums qui se poursuivaient souvent tard dans la nuit Magali était plutôt satisfaite de sa vie.
A choisir, évidemment, elle aurait préféré être héritière, avoir de l’argent, faire des études, être jolie, avoir des tonnes d’amies et sortir tous les soirs. Mais ça, c’était son petit conte de fées perso, l’histoire qu’elle s’inventait le soir, en se brossant les dents, en faisant des mimiques devant la glace, en prenant des poses, la bouche dégoulinante de dentifrice.
Oui, sa vie ne ressemblait pas à celle qu’elle aurait voulu vivre, mais la sienne n’était pas mal non plus. Elle en était persuadée. Elle s’en persuadait.

jeudi 25 septembre 2008

Derrière l'écran, 7, 2ème partie


LES FORUMS.

De gigantesques salons de discussions où virtuellement des individus échangent sur tout et n’importe quoi, on peut y parler gentiment, ou s’y faire insulter. Elle adorait ça ! Elle a d’abord cherché plein de forums différents, sur la cordonnerie, l’agriculture. Normal, c’était ses premiers repères, mais ça ne l’intéressait vraiment. Elle s’est ensuite attaquée aux forums médicaux, elle avait toujours cette sensation de pesanteur sur la poitrine, et de l’autre côté de son ordinateur, "on" lui avait répondu que c’était peut être le stress, l’angoisse, ou la dépression.

« Moumoutte » lui avait même suggéré qu’elle était peut-être entrain de faire une crise cardiaque. Il lui avait expliqué que ça commence toujours comme ça, un poids sur la poitrine et une douleur dans le bras. Depuis, elle était sans arrêt à l’écoute de son bras.

Elle ne se retrouvait pourtant pas dans ses avatars et traits de caractères qu’elle croyait déceler dans les personnalités des « Moumoutte », « Vercingétorix » et autres « Belleléa ». Non, sincèrement, ça ne collait pas.

A force de chercher elle fini par trouver deux forums pour lesquels elle se sentait parfaite : Achacunsesproblemes.com et jeunetcelibataire.com. Ces pages étaient fréquentées par des gens comme elle, des déracinés, trop timides pour avoir des amis, des enferrés dans leur quotidien tellement rassurant qu’ils n’osent même plus en sortir. Comme pour elle, « on » avait toujours tout décidé pour eux, si bien que des questions semblables leur taraudaient l’esprit : pourquoi est ce que je fais ça, pourquoi je suis là, comment j’en suis arrivée là, qu’est ce que je vais faire de ma vie ???